Comme promis je dédie cette arcticle aux rappeur 50 cent:
LE ROI DE LA MIXTAPE UNDERGROUND PROPULSÉ AUX CIMES DU BILLBOARD
Eminem et Dr. Dre forment une équipe reconnue pour son intuition infaillible et sa connaissance implacable des sons de la rue. Aussi n'est-ce pas un hasard s'ils ont signé sur leur label Shady / Aftermath l'ancien dealer de crack du quartier Jamaïca (Queens, New York), un MC que l'industrie musicale prenait grand soin de ne pas trop approcher. Démarche chaloupée, attitude sarcastique, c'est ainsi que 50 s'est vu propulsé du rang de roi de la mix-tape underground jusqu'aux cimes du Billboard, grâce à Get Rich Or Die Tryin', son premier album en major, paru en 2003. L'album historique s'est vendu à plus de dix millions d'exemplaires dans le monde. C'est avec cette même ambition farouche que l'entrepreneur malin du quartier a développé sa propre clique, la fameuse G-Unit, plusieurs fois disque de platine, pour se retrouver à la tête d'un des plus grands succès du music Business.
The Massacre a été assurément l'un des albums les plus attendus de l'année 2005. C'est l'instrument avec lequel 50 a bien l'intention d'asseoir sa domination sur le monde du hip hop, voire au-delà. Ce qui signifie, pour celui que l'état civil connaît sous le nom de Curtis Jackson, qu'il a mis la barre tellement haut, au pont de laisser ses challengers loin derrière. « Moi je vais arpenter tout le pays avec ce disque ; et eux, il va falloir qu'ils survivent à ça ! » déclare-t-il dans un rire éclatant de confiance, lui dont la réputation incendiaire est désormais aussi haute en couleur qu'elle l'était à l'époque de ses embrouilles dans la rue. « Avancer sur le projet The Massacre m'a replongé à l'époque où je faisais mon bizness. A cette période, je cherchais à faire dégager la compétition de mon territoire pour passer à la vitesse supérieure. J'ai le sentiment que si je fais moins bien qu'avec Get Rich, ce sera une déception. Ces deux dernières années, j'ai eu l'impression de mûrir ; je pense qu'au plan artistique, j'ai progressé. Le titre de l'album résume bien la situation : je veux que tous les rappeurs dégagent, qu'il n'en reste plus un seul sur ma route ! »
Ce qui pourrait passer pour une sorte de fanfaronnade typique du nigga de la rue est, en fait une belle histoire –brute et sans fioritures : une histoire de survie et de rédemption, celle d'un homme qui refuse tout simplement de se laisser abattre. Bien sûr, The Massacre est à la hauteur de la rumeur dithyrambique qui circule ; mais c'est surtout que 50 Cent repousse ici les limites du rap hardcore, il en élargit les paramètres, soutenu une fois de plus par le cador de la production West Coast, Dr. Dre, le géant Eminem, ainsi que les MCs du G-Unit : Lloyd Banks, Tony Yayo et Young Buck.
THE MASSACRE
Produit par Scott Storch, le premier single extrait de The Massacre s'intitule "Candy Shop". On y retrouve Olivia, la première dame du G-Unit. Le titre est promis à un bel avenir en club. 50 se révèle une nouvelle fois le roi de la drague imparable quand il s'adresse à la gent féminine avec des formules du genre : « C'est tout de même ironique de voir à quel point c'est érotique de la regarder avec cette culotte qui lui remonte bien comme il faut / Après être parti, j'ai repensé à ce petit cul. »
"Piggy Bank" (Needlez) met le feu aux poudres. Mais pour les radios, le titre prête bien trop à la controverse. 50 y tire à boulets rouges sur les rivaux potentiels qui prétendraient lui ravir la couronne que la rue lui a décernée. "Talkin' 'Bout Me" met en valeur les fulgurants talents de conteur du MC, et le voilà incarnant cinq personnages différents, chacun y allant de son grain de sel au sujet du patron du G-Unit. « 50 Cent, je l'aime, c'est mon père / Mais même ma mère en pense du mal », dit-il en se mettant dans la peau de son propre fils, sur un instrumental dépouillé. Ce morceau est l'une des nombreuses collaborations avec Dr. Dre, à propos de qui 50 ne tarit pas d'éloges : « Il sait ce qui va marcher avec moi. »
Dans le très sombre "Then The Guns Come Out", un 50 Cent plus charismatique que jamais apparaît au summum de sa forme, dans le rôle du sale type. Sur le très conceptuel "Baltimore Love Thing" (Q Beats), 50 use de termes on ne peut plus humains – trop humains – pour explorer le rapport sordide et vicieux qui lie l'accro à l'héroïne. « Prenons rendez-vous, promets que tu viendras me voir, même si ça signifie qu'il faudra que tu vendes la télé de ta mère... Personne n'a dit que notre amour serait chose facile » propose-t-il sur ce morceau aux airs soul des années 70.
Ce dernier titre prouve combien 50 Cent, dans The Massacre, élargit la palette des thèmes abordés. « Avec cet album, je m'attaque à des aspects qui ne figuraient pas sur Get Rich Or Die Tryin', explique-t-il. Avant tout, moi, je suis un mec qui fait du bizness dans la rue. J'évoque donc cette facette de ma vie... les terribles difficultés que j'ai eues à traverser, auxquelles tout le monde est confronté. Les rappeurs, je trouve, se la coulent douce : ils racontent qu'ils ont vendu de la dope et qu'ils ont fait des saloperies, comme si ça ne portait pas à conséquences. Ils ne parlent pas des effets que ça peut avoir sur la vie des gens de la rue. Ils ne disent pas à quel point ce mode de vie les affecte. Or c'est ça le plus intéressant. Et c'est en faisant ça que tu touches beaucoup de monde. »
UNE LÉGENDE DU GHETTO
Aujourd'hui, le récit des débuts difficiles de 50 Cent n'est plus un secret pour personne ; on pourrait même dire que c'est devenu une légende faisant partie intégrale du folklore du ghetto. Il a grandi au c½ur du quartier chaud de la dope de la fin des années 1970, dans le Queens, à New York. Tout gamin, sans père, Curtis fut obligé de passer à l'âge viril avant l'heure – sa mère, en effet, tomba dans le piège de la drogue. La suite de l'histoire, tout le monde la connaît. L'ascension jusqu'au statut de patron local du deal, le casier judiciaire entaché de séjours derrière les barreaux ; les heures interminables passées à peaufiner son flow sous l'½il attentif du regretté Jam Master Jay ; les neuf balles qui lui furent tirées dessus, et qui faillirent lui coûter la vie. En 2000, 50 se fit rendre son contrat par Columbia Records. S'ensuivirent plusieurs mois de convalescence. Avec l'aide de son collègue Sha Money XL, 50 retomba sur ses pieds ; il sortit une série de mix-tapes avec le G-Unit, qui cassèrent la baraque. Les morceaux implacables attirèrent l'attention de MC rivaux, vite rongés par la jalousie, et surtout, plus important, d'Eminem, qui signa l'artiste en 2002, pour la modique somme d'un million de dollars. L'histoire du hip hop était en marche.
Et pourtant, 50 sera le premier à reconnaître qu'il n'était pas censé s'en sortir vivant. Au moment de la sortie de The Massacre, alors qu'il est au firmament, et qu'il a réellement acquis le statut de star, il s'étonne encore de l'ironie de tout cela : « Dès l'âge de douze ans, j'ai été, pour ainsi dire, protégé, dans la rue, dit-il en toute humilité. Les niggas du quartier gardaient un ½il sur moi. Un frangin haut placé m'a dit : "Je vais arrêter de t'apporter ta pitance, maintenant je vais t'apprendre à chasser." Il ne me voulait pas de mal. Simplement, tout ce qu'il connaissait, c'était le bizness de la rue. Je dois avouer une chose : c'est Eminem qui m'a fait quitter cette vie. Si j'étais resté plus longtemps dans la rue, j'aurais sombré dans le cercle infernal ; tu tiens bon jusqu'à ce qu'il arrive une couille : tu butes quelqu'un, tu te fais buter ou bien tu finis en taule. Pour moi, la musique est un chemin, une porte de sortie pour échapper aux emmerdes. »
Et, de fait, Curtis incarne l'esprit du mac et du dealer. Alors que la plupart des artistes se seraient reposés sur leurs lauriers, après un disque multi platine, de prestigieuses couvertures de magazines, des tournées à guichets fermés et un bombardement intensif sur MTV et BET, 50 Cent, lui, n'a pas voulu en rester là. Il a monté sa propre structure avec son partenaire de longue date Sha Money XL. En 2004, il était quatre fois disque de platine avec Beg For Mercy, de son impitoyable clique G-Unit. 50 a mis en orbite Lloyd Banks (The Hunger For More) et Young Buck (Straight Outta Cashville) élargissant la force de frappe et l'influence de G-Unit. Il faudrait également ajouter à ce CV en forme de success-story le contrat signé avec la marque de fringues Ecko Unlimited, pour la ligne G-Unit, et le sponsoring à grande échelle avec la marque de chaussures Reebok.
Cette fascinante ascension sociale qui a propulsé le gamin miséreux des rues aux sommets de l'opulence n'a pas échappé au réalisateur Jim Sheridan (à qui l'on doit In America et My Left Foot), nominé aux Oscars, qui a signé avec le rappeur un contrat pour le film Hustler's Ambition. Plus récemment, 50 a fait équipe avec Dr. Dre pour une association Aftermath/G-Unit, afin de sortir le sauveur de la Côte Ouest, The Game, dont le premier album, The Documentary, s'est vendu à 600 000 exemplaires dès la première semaine.
Et pourtant, comme en atteste The Massacre, 50 Cent est, d'abord et avant tout, un artiste doué d'une faculté rare. Celle de témoigner d'un réalisme farouche, tout en y mêlant une candeur venue du fond du c½ur, qui parle sans détour aux plus démunis du monde entier. « Je tenais absolument à faire cet album pour que les gens sachent où j'en étais, dit-il. Au début, ma priorité consistait à m'assurer que toute mon équipe partait du bon pied. Ce n'est pas un hasard si, au début de Get Rich, le premier truc que tu entends est "G-Unit... On est dans la place !" D'emblée je veux que les choses soient claires : le public doit piger que là, c'est mon camp, que tout un mouvement se met en branle. Ça a marché pour moi. Mais je sais aussi que je suis sur la sellette. Au départ, les gens ne s'attendaient pas à ce que je vende dix millions d'albums. Cette fois-ci, il faut à nouveau que je fasse mes preuves.
50 cent